KEHINDE WILEY : DÉDALE DU POUVOIR
Portrait de Nana Akufo-Addo, Président du Ghana ©️Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Éclatantes et captivantes, les couleurs jaillissent dans l’obscurité des portraits monumentaux et audacieux de 11 chefs d’État incarnant à la fois autorité et énigme.
Au coeur de cette ambiance mystérieuse, l’exposition « Dédale du pouvoir » de Kehinde Wiley, célèbre pour ses portraits grand format qui réinventent la représentation des figures noires dans l’histoire de l’art, offre une immersion fascinante dans le monde de la politique africaine contemporaine.
Dans une rencontre exclusive sur the Narrative, la commissaire de l’exposition Sarah Ligner lève le voile sur les coulisses de cette exposition monumentale, révélant un univers où l'art, l'histoire et le pouvoir se rencontrent et se confrontent dans un spectacle visuel percutant.
1977 : Né à Los Angeles, d’une mère afro-américaine et d’un père originaire du Nigéria
2012 : Début du projet “Dédale du pouvoir”. Le portrait d’Alassane Ouattara est la 1ère oeuvre de la série.
2017 : Portrait présidentiel pour le National Portrait Gallery de Washington
2022 : Exposition au musée d’Orsay, Paris
2023 : Exposition au musée du Quai Branly Jacques Chirac, Paris
©️Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Genèse du projet et Rencontres
L’exposition dévoile une collection unique de portraits représentant des chefs d’État africains. Ce projet, qui a nécessité plus de dix ans de travail, a pris forme au moment de la campagne présidentielle de Barack Obama. En 2017, Kehinde Wiley est reçu par ce dernier devenu depuis président des États-Unis, et choisi pour réaliser son portrait officiel qui trône aux côtés des autres portraits présidentiels à la National Portrait Gallery à Washington. Une oeuvre majeure qui se singularise par ces couleurs chatoyantes, cette végétation luxuriante retraçant symboliquement l’histoire de Barack Obama. Une représentation du pouvoir marquée par un flegme, une sérénité et une confiance notables. Un coup de projecteur qui a rendu Kehinde Wiley mondialement célèbre.
L’artiste a parcouru l’Afrique à la rencontre de chefs d’État. La réalisation de cette série impliquait un protocole rigoureux. « Les 11 portraits sont ceux de chefs d’État en exercice ou non, qui ont accepté son protocole, qui ont accepté de poser pour lui et choisi une pose en discussion avec l’artiste », confie Sarah Ligner. Kehinde Wiley est venu avec son répertoire de portraits aristocratiques, royaux et militaires des 17ᵉ, 18ᵉ et 19ᵉ siècles, dont ils pouvaient s’inspirer dans leur posture. « Certains chefs d’État se sont affranchis de ces modèles, guidés par les codes de la communication publique, et ont choisi leur propre pose », ajoute Sarah Ligner. S’ensuivait une séance photographique minutieuse dont les clichés servaient de base pour les peintures réalisées en atelier.
Kehinde Wiley a réussi à convaincre ces dirigeants de céder leur image pour un projet personnel sur le pouvoir et sa représentation picturale, sans droit de regard sur le portrait finalisé. Cette démarche inverse la relation traditionnelle entre l’artiste et le modèle qu’on connait dans l’histoire de l’art, affirmant le pouvoir de l’artiste dans la création.
Portrait de Olusegun Obasanjo, Ancien Président du Nigéria ©️Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Symbolisme et Représentation du Pouvoir
Sur la toile, il orchestre l’environnement, jouant sur les décors, la lumière et l’utilisation de motifs floraux rappelant ceux du wax. Il utilise des accessoires et des références picturales pour enrichir chaque portrait.
La scénographie labyrinthique guide les visiteurs à travers une découverte progressive des œuvres. Les portraits de figures telles qu’Alassane Ouattara, Macky Sall, et Nana Akufo-Addo offrent une diversité de représentations du pouvoir, allant des tenues traditionnelles aux poses équestres, des paysages emblématiques aux symboles nationaux, proposent une lecture unique des pouvoirs africains actuels, interrogeant leur nature et leur relation avec l’Europe, tant présente que passée.
Parmi ces incarnations du pouvoir très masculines se distingue une femme, la présidente Ethiopienne, Sahle-Work Zewde.
Portrait de Sahle-Work Zewde, Présidente de l’Éthiopie ©️Musée du Quai Branly Jacques Chirac
Réflexion sur la construction du pouvoir
Dans notre échange, Sarah Ligner précise : « Le travail de Kehinde Wiley ne se limite pas à la représentation des individus, mais questionne la construction du pouvoir.» Ces portraits hyper-réalistes, détaillés à l’extrême, captent l’essence du pouvoir au-delà de la simple figure individuelle, jouant sur les gestes, la posture, l’environnement pour distiller une aura.
« Dédale du Pouvoir » de Kehinde Wiley est une exploration profonde et nuancée de la représentation du pouvoir en Afrique. Les portraits, reflétant la position et la complexité des figures qu'ils représentent, marquent l'histoire et stimulent la réflexion sur l'influence et l'héritage de ces leaders africains. L'exposition invite à une contemplation sur le rôle et l'impact des figures de pouvoir dans le contexte historique et contemporain du continent africain.
Ainsi, l'exposition au musée du Quai Branly Jacques Chirac se présente comme une série majeure dans le monde de l'art contemporain, offrant une vision unique et profondément réfléchie sur la représentation du pouvoir en Afrique. Elle met en lumière l'importance de l'art dans la compréhension des dynamiques politiques et sociales, tout en rendant hommage à la richesse culturelle et historique du continent. Kehinde Wiley amène à réactualiser toute l’iconographie que l’on retrouve dans les musées.
Cette série qui entre dans l’histoire montre son attachement au continent dont le père est originaire du Nigéria. Elle sera exposait en Afrique et aux Etats-Unis.
Il ouvrira prochainement une résidence d’artistes au Nigéria, similaire à celle qu’il a créé au Sénégal Black Rock.
Engagement de Kehinde Wiley envers l'Afrique