GUSTAVO NAZARENO
ORIXAS – UN VOYAGE SPIRITUEL ET ARTISTIQUE
Dans son atelier à São Paulo, Gustavo Nazareno se tient face à une toile vierge. Avant de poser le moindre coup de pinceau, il ferme les yeux, murmure une prière silencieuse et demande la bénédiction des Orixás. Pour cet artiste, chaque tableau est bien plus qu'une œuvre d'art : c'est un acte de foi. À l'Opera Gallery de Londres, l'exposition “Orixás: Personal Tales on Portraiture” explore cette fusion entre spiritualité et création, où chaque portrait devient une célébration des divinités afro-brésiliennes.
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery
AUX RACINES DE LA CRÉATION
Dans les rues de Três Pontas, petite ville du Brésil où le tintement des cloches résonne chaque dimanche, le jeune Gustavo trouve refuge dans les églises catholiques. Là, sous les voûtes silencieuses, il contemple les sculptures de saints, les croix majestueuses, et les images de Jésus. “J’ai grandi sans vraiment avoir de musées... Moi, j’avais les églises”, raconte-t-il. Les visages des saints, figés dans une sérénité éternelle, l'attiraient. "C'est là que j'ai commencé à rêver", confie-t-il. “Un jour, j’ai réalisé qu’il y avait un être humain derrière la création de ces œuvres, et que quand les gens les regardaient, cela élevait leur âme vers quelque chose de plus grand, de plus élevé.” C'est à ce moment que sa fascination pour les images sacrées commence. “C’est là que j’ai su que je voulais faire pareil.”
Ce moment marqua le début d’un cheminement artistique et spirituel. Gustavo découvre la Renaissance et le Baroque. Il plonge dans l'histoire de ces mouvements, fasciné par la manière dont l’art religieux pouvait inspirer et transcender le quotidien. “C’est littéralement là que ma passion pour l’histoire de l’art a commencé, pas seulement pour l’art en lui-même, mais pour l’histoire qui l’entoure.”
Gustavo a le dessin “dans son ADN”, comme il le dit lui-même. Sans argent pour acheter du matériel, il observe, il apprend, il s'entraîne avec ce qu'il a.
“J’ai grandi sans vraiment avoir de musées... Moi, j’avais les églises. C'est là que j'ai commencé à rêver” - Gustavo Nazareno
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery ©️ the Narrative
RENAISSANCE
2018 marque un tournant important. Gustavo traverse une période de profonde dépression ; Isolé dans son village d'origine, sans vie sociale ni amis. Sa tante, inspirée par une intuition spirituelle, lui conseille de venir s'installer à São Paulo, convaincue que ce changement lui apportera de nouvelles opportunités. “Elle a eu une sorte d'intuition religieuse, venant d'une divinité, qui lui disait que quelque chose de bon allait m'arriver là-bas”, confie Gustavo.
São Paulo, avec son effervescence et son immensité, devient le cadre de sa renaissance personnelle. Bien que confronté aux défis matériels d’une vie sans argent, Gustavo voit enfin une possibilité de se consacrer pleinement à l'art. Cette période de lutte et de création devient une forme de thérapie, une bouée de sauvetage. “Ça a été très chaotique, mais d'une certaine façon, cela m’a mené à des choses magnifiques”, dit-il en souriant doucement. “J’ai réussi à créer tout en traversant ces épreuves, et c'est cela qui m'a maintenu en vie. L'art m'a littéralement gardé en vie.”
Ce n’est qu’à l’âge de 23 ans, lorsqu'il déménage à São Paulo, qu’il parvient enfin à s’offrir ses premières peintures à l’huile. “J'ai toujours voulu peindre, mais ça n'est vraiment devenu possible qu'en 2018.” Pour Gustavo, ce moment marque le début d'une transformation artistique, un passage du rêve à la réalité.
Emmanuel Araújo, “un parrain artistique”, comme l'appelle Gustavo, a joué un rôle essentiel dans son parcours. “C'est l'un des premiers artistes noirs brésiliens à obtenir une certaine reconnaissance”, dit-il avec admiration. Emmanuel Araújo, fondateur du Museu Afro Brasil, a non seulement ouvert un espace pour l’art afro-brésilien, mais il a aussi offert à Gustavo une chance unique : celle d'exposer dans ce lieu sacré. “Il m’a laissé cet héritage, cette opportunité”, se souvient-il, ému. “Malheureusement, Emmanuel est décédé avant de pouvoir voir cette exposition, mais il m'a offert cette chance en personne.”
Cet épisode marquant forge son art et sa foi, deux piliers de sa résilience.
“L'art m'a littéralement gardé en vie.” - Gustavo Nazareno
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery ©️Deco Cury
LA FOI COMME SOURCE DE CRÉATION
Sa foi Gustavo la puise dans les Orishas, divinités du candomblé et du culte yoruba, qui sont au cœur de son œuvre. À chaque étape de sa vie, il a trouvé en eux un soutien spirituel. “Quand j'avais besoin de courage, je peignais Ogun, le guerrier. Quand j'avais besoin de justice, je peignais Shangó, l’Orisha de la justice. Et quand j’avais besoin de changements, je peignais Oyá, celle des tempêtes et du tonnerre, qui nettoie tout. Les Orishas, ils ont ces qualités humaines qui permettent ces échanges,” dit-il. Dans chaque tableau, Gustavo offre du temps, de l’énergie, une image en hommage, et en retour, il puise force et inspiration. C’est ce lien profond entre la foi et l’art qui transcende ses œuvres.
Dans l'univers de Gustavo, les Orishas prennent vie à travers une “fantaisie personnelle”, un monde qu’il a imaginé pour eux. “C'est une vision très personnelle de la manière dont ils existent, ou comment ils existeraient dans mon propre univers”, explique-t-il. Chaque toile est une porte vers cet autre monde, où les Orishas, habillés de tissus colorés et entourés de symboles mystiques, habitent un royaume intemporel. “Tout est influencé par la religion, d’une certaine manière”, confie-t-il, ajoutant que chaque détail de ses œuvres est inspiré par une tradition qu’il respecte profondément.
Avant de commencer chaque peinture, l’artiste prend un moment pour demander la permission aux Orishas. “Si je n'obtiens pas la permission, en général, je sais que je ne suis pas autorisé à peindre une divinité,” explique-t-il. Pour lui, ce processus de permission est une forme de respect sacré. “Par exemple, pour cette exposition, je voulais peindre Exu, mais chaque fois que j’y pensais, quelque chose arrivait… Je finissais par comprendre que ce n’était pas le bon moment.” Dans ces moments-là, il sent que ses œuvres sont guidées, chaque tableau étant une offrande, un acte de dévotion pour les divinités qu’il représente.
Gustavo insiste sur le caractère vital de cet acte “J’ai besoin de peindre pour vivre”. Il décrit son processus comme une méditation profonde, un moment où il se détache de tout. “Quand je peins, je suis là, mon esprit est concentré sur chaque coup de pinceau… Je ne pense à rien d'autre.” Face à la toile, il se sent “parfait”, exactement à sa place, entièrement présent. Ce moment suspendu, où le monde extérieur disparaît, devient une forme de prière silencieuse, un dialogue sacré entre l’artiste, l'orisha et sa toile.
“J’ai besoin de peindre pour vivre”. - Gustavo Nazareno
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery
DIVINE DRAMATURGIE
Dans son univers, les Orishas prennent vie sous une forme humaine, enveloppés de lumière, chaque détail – des couleurs aux éléments symboliques comme l'eau, le ciel ou la montagne – respecte les traditions avec des gestes soigneusement étudiés. “J’ai besoin de leur donner une présence physique, de les rendre réels, presque royaux.” Sur chaque toile, les divinités semblent briller, drapés de vêtements majestueux comme des étoffes de haute couture. Une aura mystique émane d’elles, créant un dialogue silencieux entre l'âme et le spectateur. “Le vêtement communique quelque chose d’indicible, il exprime une dignité et une spiritualité que les mots ne peuvent pas transmettre,” soulignant la dimension sacrée de ses oeuvres.
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery
Le drame et le mouvement sont au coeur de son art. Inspiré par la tension musculaire des danseurs et la photographie de mode, il cherche à capturer l’énergie et la puissance du corps. “Le mouvement m'inspire énormément”, affirme-t-il. Chaque pose, chaque ombre est travaillée pour figer un moment, créant une intensité dramatique qui captive le spectateur. “J’aime tout ce qui est dramatique,” dit-il, révélant son désir de raconter des histoires intenses à travers une seule image.
Sa technique au fusain, héritée de son adolescence, reflète cette quête de simplicité et de profondeur. “Je n'avais pas les moyens d'acheter du matériel sophistiqué,” se souvient-il. En utilisant ses doigts pour créer des nuances d’ombre et de lumière, il mêle simplicité et intensité pour donner vie à des corps fragmentés, figés dans des poses qui évoquent une chorégraphie visuelle.
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery
DE TRÊS PONTAS, PETITE VILLE DU BRÉSIL, À LONDRES
De Três Pontas à Londres, Gustavo Nazareno accomplit un rêve en exposant ses œuvres dans un lieu où son art peut dialoguer avec le monde. “Chaque portrait est une conversation, une connexion,” dit-il, soulignant l'importance d'un échange artistique qui transcende les frontières, les cultures et les générations. “Un jour, nous serons des ancêtres”, affirme-t-il. “Mon souhait est de laisser un héritage pour les générations futures, de créer une archive visuelle de notre culture et de notre spiritualité.” Pour Gustavo, chaque tableau est une offrande, une prière silencieuse, et un pont entre les âmes, voué à résonner pour longtemps.
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery
***Jusqu’au 9 novembre, à l'Opera Gallery de Londres, Gustavo Nazareno explore le portrait des Orixás dans « Orixás : Personal Tales on Portraiture », une exposition où spiritualité et art se rencontrent.
Pour plus de photos et de vidéos, rendez-vous le compte Instagram @thenarrative.art
Photo Estudio em Obra ©️ Courtesy GUSN studio and Opera Gallery